|
Le Québec... Une odyssée de 1608 à 2000 |
|
Le régime seigneurial Le régime seigneurial est une forme institutionnelle de distribution et doccupation des terres qui fut établie en Nouvelle-France en 1627 et abolie officiellement en 1854. Ce régime était inspiré du système féodal dans lequel le censitaire (quon appelait ici habitant) dépendait du seigneur ; en Nouvelle-France la comparaison sarrêtait à loccupation des terres et au paiement de certaines redevances. La Compagnie de la Nouvelle-France ou des Cent-Associés, qui se vit octroyer en 1627 des droits légaux et seigneuriaux en Nouvelle-France, jouit également du droit de distribution des terres à son meilleur avantage. Le territoire fut donc divisé en fiefs et seigneuries et remis aux colons les plus offrants qui, à leur tour, les donnaient en location. Le système de distribution des terres, à desseins politiques, était régi par la loi et comportait de nombreux avantages. Sa fonction première était de promouvoir une colonisation systématique. LÉtat établit des règles pour superviser le bon fonctionnement de ce système et la relation entre les seigneurs et leurs censitaires. La plus importante était que lÉtat octroyait un territoire à une personne, qui ainsi devenait seigneur, et quil devait mettre en exploitation, que ce soit directement ou par lentremise dune concession à des habitants qui en faisaient la demande ; habituellement, la location des terres du seigneur était dûment notariée. Ces actes de concession énuméraient les droits et devoirs de chacune des parties. Le seigneur avait droit autant à des redevances pécuniaires que des droits honorifiques. Il pouvait constituer un tribunal, exploiter un moulin et organiser une commune. Il recevait des habitants diverses formes de loyer : le cens (une petite redevance datant de lépoque féodale, laquelle consacrait lassujettissement théorique du censitaire au seigneur) ; la rente en liquide ou en nature ; et les banalités (taxes levées sur le grain que le censitaire devait moudre au moulin du seigneur). Aussi, il émettait souvent des permis de chasse, de pêche et de coupe de bois. Au début du XVIIIe siècle, les seigneurs se mirent à réclamer de leurs censitaires quils travaillent pour eux un certain nombre de jours annuellement. Le système seigneurial était au centre de la politique de
colonisation française et joua un rôle majeur dans la société traditionnelle du
Québec. En dépit de lattrait quexerçait la vie urbaine et le commerce des
fourrures sur les habitants, de 75 à 80 % de la population vivait sur des terres
seigneuriales jusquau milieu du XIXe siècle. Les quelques 200 seigneuries
octroyées durant le régime français couvraient littéralement toutes les régions
habitées de part et dautre du Saint-Laurent entre Montréal et Québec, la vallée
de la Chaudière et du Richelieu et atteignaient même la Gaspésie. Les seigneuries ont
appartenu aux nobles, aux institutions religieuses Cette méthode de colonisation des terres a marqué autant la
campagne québécoise que la mentalité des Québécois. La terre de lhabitant
était une sorte dentité économique essentielle à sa survie. Chacun souhaitait
être le seul locataire, produire presque tout ce quil nécessitait pour vivre. Ce
régime seigneurial, qui rapprochait les habitants les uns des autres, et au XIXe siècle
le village, furent les fondations sur lesquelles se sont développées les relations avec
la familles et les voisins, tout comme le sens développé de la vie en communauté. La
relation privilégiée quentretenait notre société de cultivateurs avec la terre
arable conduisit naturellement au sentiment que la terre faisait partie de notre
patrimoine commun et quelle devait être transmise de génération en génération. |